Ancêtres Lorrains de Victor HUGO

Les ancêtres lorrains de Victor HUGO

Victor HUGOSelon Victor HUGO « l’histoire a sa vérité, la légende a la sienne. La vérité légendaire est d’une autre nature que la vérité historique. La vérité légendaire, c’est l’invention ayant pour résultat la réalité»  (Quatre vingt treize).
A l’époque de François de Chateaubriand, d’Alphonse de Lamartine et d’Alfred de Vigny, Hugo se devait d’appartenir lui aussi à une famille illustre. Il s’est donc inventé une généalogie plus que flatteuse composée d’ancêtres prestigieux et il alla même jusqu’à emprunter les armoiries de Georges HUGO, capitaine des gardes du Duc de Lorraine, anobli en 1535 dont il prétendait être le descendant.

     Pendant toute sa vie, malgré ses détracteurs, il a défendu cette légende sur les origines de sa lignée. Ses confidences à Adèle, sur ce sujet, nous sont rapportées dans l’ouvrage intitulé « Victor Hugo, raconté par un témoin de sa vie », publié anonymement en 1863. Bien plus tard l’écrivain, obligé de reconnaître son extraction roturière, déclarera :  » Je n’attache aucune importance aux questions généalogiques «  !
En 1952, pour le 150ème anniversaire de la naissance de Victor HUGO, une étude publiée dans « Le Pays Lorrain » précisait que le premier ancêtre de l’écrivain était un certain Claude HUGO dit le Hollandais, misérable réfugié que la ville de Mirecourt avait engagé le 20 août 1631, pour enterrer les morts pendant l’épidémie de peste. Elle ajoutait même que ce Hollandais établi au début du XVIIème siècle à Ramecourt, petit village à un kilomètre de Domvallier, dans les Vosges, y avait fait souche et que sa famille s’était ensuite répandue dans toute la région. Il faut reconnaître que tout ce qui a été écrit par la suite se référait à cette thèse « officielle ». Le livre « Victor Hugo » d’Alain DECAUX, édité chez Perrin, et l’ouvrage « Victor HUGO homme de l’Est » de notre lorrain Marcel CORDIER, aux éditions Pierron, en constituent les meilleurs exemples. Ces historiens pourtant avertis se sont eux aussi laissé prendre au piège des idées reçues et ont repris à leur compte des suppositions que certains avaient vite transformées en réalités. Qui aurait osé mettre en doute ce qui était écrit par les Mormons et ce qui était rapporté par toutes les revues et ouvrages généalogiques de l’époque ?

Par les registres paroissiaux de Domvallier on savait déjà avec certitude que le trisaïeul de VictorVictor HUGO HUGO était Jean HUGO, époux de Catherine MANSUY. Mais, en revanche on ignorait encore que ce Jean HUGO n’était nullement le fils de Claude HUGO, le Hollandais ! En effet, c’est seulement dans les années 1990 qu’en consultant les archives de Vaudémont, un chercheur amateur y a découvert l’acte de mariage de Jean Hugo (le jeune) et de Catherine Mansuy (15 mai 1673) sur lequel il était précisé que Jean était le fils de Joannes HUGO. Sur ces mêmes registres, à la date du 25 juin 1648 on pouvait d’ailleurs y lire l’acte de naissance de Jean HUGO indiqué comme étant le fils de Jean HUGO dit Bralleville. Dès lors toutes les anciennes théories étaient remises en cause et la thèse officielle s’effondrait. Il convient de noter au passage que Claude HUGO, le fossoyeur et prétendu ancêtre, avait très certainement été surnommé  » le Hollandais  » non pas en raison de ses origines hollandaises mais pour l’unique motif qu’engagé dans l’armée du Roi de France, il avait été faire la guerre dans ce pays. Affirmer que ce Claude était le premier de tous les Hugo de la région est erroné car il est établi que de nombreuses familles portant ce patronyme existaient déjà dans le Saintois (Meurthe et Moselle) ou le Xaintois (Vosges), bien avant l’arrivée supposée de Claude.
Mais alors quel est son lien de parenté avec Jean HUGO ? Sont-ils même parents ? A moins qu’il soit le fils de François Hugo, le frère de ce Jean Hugo de Juvaincourt. Mais une chose est certaine, en l’état actuel des recherches, il est impossible de fournir une réponse correcte à cette question.

         D’autres chercheurs ont découvert dans les archives de Me Beuriot, tabellion à Frenelle, des actes datés du 20 mai 1633 concernant la succession de Jean HUGO et Françoise VOINEQUEL, de Juvaincourt. Comme parmi les héritiers se trouvaient à la fois un Jean et un Claude ils se sont empressés de faire de ce couple les ancêtres de Joannes HUGO dit « Bralleville » et de Claude dit  » le Hollandais » !
Victor HUGOCe qui n’était à l’origine qu’une supposition a fait l’objet d’une information qui par la suite a été diffusée, publiée dans maintes revues et reprises dans de nombreuses études consacrées aux ancêtres de Victor Hugo. Pourtant rien n’en prouvait la véracité. En effet le patronyme Hugo était très présent, bien avant le XVIIème siècle, dans cette région de Lorraine et les prénoms Jean et Claude, très usités, se retrouvaient dans presque toutes les familles. Récemment d’autres actes notariés ont été découverts qui prouvent l’existence, à cette même époque, de plusieurs Jean HUGO dans d’autres localités que Juvaincourt. (par exemple, toujours chez ce même tabellion, on trouve un acte du 16.11.1633 par lequel un certain Jean HUGO, de Frenelle la Petite achète une propriété pour lui et sa femme ! ).
De même, s’agissant de Claude dit le Hollandais que nous retrouvons en 1631 à Ramecourt, il n’est pas évident qu’il soit, lui non plus, le fils de Jean HUGO et de Françoise VOINEQUEL de Juvaincourt. Certes dans l’acte du 20 mai 1633 établi à la suite du décès des parents c’est effectivement un fils prénommé Claude qui est désigné comme tuteur de ses jeunes frères et soeurs. Cet acte précise que celui-ci est mineur mais  » suffisamment âgé pour gérer des biens  » et qu’il  » demeure à Juvaincourt » (et non à Ramecourt). Si à l’époque il avait été majeur c’est bien évidemment cette dénomination qui aurait été employée et dans ce cas il n’aurait pas été nécessaire que François HUGO, l’oncle de Ramecourt, l’assiste auprès du notaire de Frenelle, lors de la signature de l’acte. Or il ne fait aucun doute que le Claude HUGO de Ramecourt doit être bien plus âgé que celui de Juvaincourt. Deux raisons à cela :
– il semble évident que l’on ne confie pas à un jeune homme, tout juste sorti de l’adolescence, la tâche dangereuse et fortement rebutante d’enterrer les morts de la peste.
– pour être affublé du surnom de « Hollandais », comme nous l’avons vu, il avait dû au préalable pas mal bourlinguer sur les champs de bataille de ce pays avant de revenir dans sa Lorraine natale. Cela ne saurait non plus être le fait d’un jeune garçon pas encore majeur.

      En l’état actuel des recherches il faut donc être très prudent et refuser d’adopter d’emblée cette thèse non suffisamment étayée. Il est indispensable de découvrir des preuves plus tangibles, mais alors dans quelle direction s’orienter ?
Entre 1629 et 1637 on relève à Vaudémont l’existence de 5 familles Hugo :
* en 1629 Didier Hugo a une fille Marie. * en 1630 Mangin Hugo a un fils Nicolas.
* en 1631 Luc Hugo a un fils Claude.
* en 1634 Simonin Hugo a un fils Simonin.
* en 1637 Joannes Hugo a un fils Claude.
Le rang social de ces familles est très différent. Simonin, le Maire de Vaudémont, est un riche marchandVictor HUGO de draps. Ses enfants ont pour parrain des personnages en vue et lui-même sera inhumé dans l’église. Joannes, quant à lui, est un simple couturier qui sera enterré au cimetière. Ils ne sont certainement pas proches parents. A ce stade de l’analyse n’oublions pas que nous sommes en possession d’un renseignement très important qui peut nous mettre sur une piste intéressante : le surnom de Joannes (Jean) Hugo, le père de Jean, est « Bralleville » .Or il s’agit là du nom d’un petit village du ban de Tantimont au pied de la colline de Sion, à quelques kilomètres de Vaudémont.
A cette époque, en Lorraine, pour distinguer entre elles les familles portant le même patronyme, dans un même village, l’habitude était d’attribuer aux nouveaux arrivants dans la paroisse le nom de leur cité d’origine. Si Joannes avait été originaire de Juvaincourt on l’aurait peut être surnommé  » Juvaincourt  » mais sûrement pas « Bralleville ». (C’est ainsi que Catherine Hugo, veuve de Bastin BASTIEN s’est
remariée le 4 juillet 1679 à Vaudémont avec Nicolas MULNIER dit  » Maizières « . Il est dit  » Maizières » car il y avait déjà des Bastien à Vaudémont et que le nouvel époux était originaire de la paroisse de Maizieres). Or il existait précisément à Bralleville (voir les microfilms de la paroisse d’Hergugney) une importante famille HUGO qui semble avoir quitté la localité au moment des dévastations causées par la guerre de 30 ans et là aussi il y avait des  » Jean  » !


Pourquoi cette famille ne serait-elle pas venue se mettre à l’abri des murs de Vaudémont, localité où demeuraient de longue date des cousins éloignés ? C’est certainement là que se trouve la clé de l’énigme. A noter également que c’est Joannes HUGO qui est dit « Bralleville » et non son fils Jean qui, je le rappelle, est né le 25 juin 1648 à Vaudémont et y a épousé Catherine MANSUY le 16 mai 1673. Au sujet de ce mariage une anecdote qui vient confirmer ma méfiance vis à vis des thèses officielles, non vérifiées : nous devons aux Mormons une étude sur la généalogie des HUGO. Lorsqu’il est fait état du mariage précité ils indiquent que ce jour là Jean HUGO a épousé Catherine MULNIER. Tout cela parce que l’acte précise :  » Catherine fille de Claude Mansuy, mulnier  » . (Claude Mansuy était effectivement meunier à Praye !).
On a dit que le couple HUGO-MANSUY était venu s’installer à Ramecourt pour y retrouver des parents (Claude ? François ?) Cependant, en examinant de près le recensement de 1708, on constate :
– que Jean HUGO y est qualifié de nouvel arrivant : il est donc établi que marié depuis 1673 il n’était pas venu s’installer aussitôt à Ramecourt;
– qu’à cette époque il n’existe aucune autre famille HUGO dans la localité : ce qui renforce l’idée, déjà énoncée au début de cette étude, selon laquelle Jean HUGO n’y avait apparemment aucune parenté directe. En venant habiter Ramecourt le couple avait peut-être tout simplement choisi de s’installer à proximité des parents de l’épouse. En effet il ne faut pas oublier que les MANSUY, sont meuniers à Baudricourt depuis 1680 et que Catherine y a toute sa famille. Bien entendu il ne s’agit là que d’une hypothèse. Elle devra être vérifiée scrupuleusement avant d’être diffusée.

     Victor HUGOOn aurait pu penser qu’à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Victor HUGO la vérité aurait été rétablie sur les véritables ancêtres lorrains de Victor HUGO. J’avais d’ailleurs écrit en ce sens à Max GALLO lorsque j’avais appris qu’il préparait une biographie du poète. Son ouvrage vient de sortir et je constate qu’il a coupé court à toute équivoque en n’abordant pas cette question. En revanche, à la page 23 du tome I « Je suis une force qui va » il reprend à son compte un fait parfaitement erroné et reconnu comme tel depuis plus de 50 ans. C’est ainsi qu’il nous précise, sans complexe, que 4 frères de Léopold HUGO se sont engagés comme lui dans les armées de la République et que 2 sont morts à la bataille de Wissembourg. Or Joseph Hugo, le prolifique Maître menuisier de Nancy, a bien eu 4 fils de son mariage avec Dieudonnée BECHET (Césaire, Jean François, François Balthazar et Claude Ignace) mais tous sont morts en bas âge. De son second mariage avec Jeanne MICHAUD il n’a eu que 3 fils qui nous sont parfaitement connus et qui ont survécu à la Révolution et à l’Empire. (Léopold + 1828, Louis Joseph +1854, François Juste + 1828). Dès lors on se demande quels sont les frères HUGO qui auraient bien pu être tués à Wissembourg ! Un historien doit vérifier ses données avant de les publier; à défaut il ne peut prétendre qu’à la qualification de romancier.
A la décharge de Max GALLO il faut reconnaître que dans son ouvrage il reste bien plus en retrait que Victor HUGO. En effet dans « Victor HUGO raconté un témoin de sa vie » on relève que le poète, pour sa part, n’hésitait pas à confier à son entourage que son père avait « sept frères qui partirent en même temps que lui. Cinq furent tués dès le commencement de la guerre, aux lignes de Wissembourg. Deux survécurent » ! Une autre anomalie peut être relevée à cette même page 23 de l’ouvrage de Max GALLO. En effet l’auteur situe la conception de Victor HUGO à la fin du mois de juin 1801, lors du voyage de ses parents pour gagner Besançon où Léopold vient d’être nommé. En dehors du fait que le trajet de Lunéville à Besançon n’emprunte pas nécessairement la route du Donon, il faut remarquer :
– que le commandant HUGO n’aurait été muté dans sa nouvelle garnison que le 19 août ;
– que dans un premier temps il s’y est rendu seul ;
– que sa femme et ses deux enfants ne l’ont rejoint que par la suite.

           Il est donc permis de supposer qu’après la signature du traité de Lunéville et la fin des réjouissances organisées jusqu’au mois d’avril Léopold, après 6 mois de labeur acharné, éprouvera le besoin de se détendre. Il en aura d’ailleurs la possibilité dans la mesure où, le congrès terminé, la garnison de Lunéville, sans aucun intérêt, lui laisse beaucoup de loisirs. Et dans ces conditions pourquoi pas une promenade au Donon vers la fin du mois de mai ? Mais qui pourra un jour certifier l’exactitude de cet événement ? Et puis, Victor Marie n’aurait-il pas tout simplement été conçu à Lunéville dans le lit conjugal ?

Michel PARISET (mis à jour le 4 mars 2002).

3 Responses to Ancêtres Lorrains de Victor HUGO

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